Sri Lanka, l'île aux éléphants

   

   
    Au début du siècle, on compte à Ceylan plus de 20 000 éléphants, l'île est alors recouverte au trois-quart de forêt vierge et est réputée pour le nombre et l'habileté de ses pachydermes. Pline dira d'eux "qu'ils sont plus nobles et plus aptes au combat que leurs cousins indiens". L'éléphant du Sri Lanka est plus petit que l'éléphant africain et appartient à l'espèce dite de Sumatra. Mesurant rarement plus de trois mètres de haut, il pèse de trois à quatre tonnes. Le mâle possède quelque fois de petites défenses, en revanche, la femelle en est totalement dépourvue.


Le éléphants sauvages vivent en groupe et à l'abri des feuillages une bonne partie de la journée et sortent seulement lors du lever ou du coucher du soleil pour rejoindre les points d'eau, meilleur moment pour pouvoir les observer, il peuvent toutefois être dangereux, au début du siècle, R.P. Du chaussois (Sous les feux de Ceylan, Grasset, 1929), écrit : "Devant (...) le roi de la jungle, il n'est sans doute pas de missionnaire qui n'ait tremblé un jour, il n'y a pas de salut qu'à l'apercevoir d'assez loin pour s'écarter de la route qu'il remplit, se coucher dans le fossé voisin, ou escalder un arbre indéracinable"

Les éléphants dans l'histoire du pays

Les Cinghalais utilisent les éléphants depuis la plus haute Antiquité pour les travaux très durs comme la déforestation et l'irrigation. Un siècle avant notre ére, on trouve déjà à la cour d'Anuradhapura un "maître dresseur" et on maîtrise parfaitement les éléphants en effectuant des pressions sur leur centre nerveux. La force de ces animaux en font un outil précieux pour la construction, en effet, sans eux, les flèches des dagobas, ne seraient pas aussi hautes.
Ils représentent aussi une arme redoutable lors des batailles, on sait la stupéfaction des troupes d'Alexandre le Grand lorsqu'elles se sont retrouvées face aux éléphants du roi des Perses ; au Sri Lanka, les pachydermes vont avoir un rôle important dans la guerre entre les rois : Kandulu, l'éléphant de Dutugemunu (souverain de 161 à 137 av. J.-C) joua un rôle décisif dans le combat qui oppose son maître à Elara.
C'est aussi pour cela que l'iconographie de l'éléphant est omniprésente dans toute l'île.

Au XIXe siècle, la mode est à la chasse à l'éléphant et un grand nombre vont ainsi être massacré par les dirigeants anglais. Les chiffres sont tristement spectaculaires, en effet, on raconte que le major anglais W.Rogers, en poste à Badulla en a tué à lui seul mille trois cents et que quatre autres Européens en auraient abattu plus d'une centaine en trois jours. Ainsi les battues de chasse de gala organisées lors des visites des princes anglais ont eu raison du plus grand nombres des éléphant de Ceylan.

Aujourd'hui, le quart de l'île seulement est recouvert de fôret et il resterai entre 3 500 et 4 000 éléphants sauvages cantonnés dans les réserves gérées par l'Etat. Un orphelinat a même était créé pour recueillir les éléphanteaux.

Les éléphants dans la vie quotidienne des Cinghalais

On compte environ quelques 350 éléphants domestiques appartenant à des propriétaires privés. Ces éléphants font véritablement partie de la vie quotidienne de certains habitants de l'île, on les croise au hasard des villages, dans la cour d'un temple ou en lisière de forêt, ils transportent le bois, aide à la construction, transportent les mariés ou encore les touristes.
Mais surtout, les éléphants sont l'un des pilliers des fêtes religieuses tout au long de l'année.

L'ESALA PERAHERA


La Perehera de Kandy est l'une des grandes fêtes du monde bouddhiste, elle se déroule chaque année durant les mois d'
Esala
(juillet-août). Elle constitue également l'une des principales attractions de l'île et fait place à une fête sacrée très ancienne qui commémorait la naissance du dieu Vishnou, protecteur de Lanka. Durant les célébrations, les rues se remplissent de danseurs, de musiciens et de défilés. Les éléphants tiennent une place très importante dans cette fête et se déplacent lentement. Pour l'occasion, on les habille de caparaçons de brocart, de soie, de satin ou encore de velours, avec des broderies de fils d'or et des incrustations de pierres. Ce sont véritablement les héros de la fête. Des bracelets ornés de clochettes faites de laiton, de fer, de cuivre, d'argent et d'or entourent leurs pattes et on enfile sur leurs défenses un étui de cuivre doré.

L'éléphant le plus vieux porte, lors de la cérémonie, sur son dos le siège d'or appelé le howdah, et le reliquaire octogonal d'argent en forme de pavillon : le karanduwa, il renferme une copie du coffret de la Dent de Bouddha. Cet éléphant est le plus important de la fête et on va même jusqu'à dérouler un drap de coton blanc sous ses pas pour ne pas que ses pattes ne soient en contact avec le sol. Enfin, on accroche derrière ses oreilles deux chasse-mouches en poils de yak. La foule attend avec impatience le passage de ce pachyderme et s'écrient : " Sadhu, Sadhu, Sadhu..." lorsqu'il arrive.

En 1988, Rajah, l'éléphant le plus vieux qui avait assumé cette fonction pendant des decennies s'éteint à l'âge de 84 ans. Ce fut un vrai drame national. On peut désormais admirer sa dépouille dans un petit musée contigüe au temple de la Dent.